mes banalités

10 décembre 2011

Sur chaque objet posé

s’éveille

une ombre d’automne[1]


Salutation au chat.

Comme chaque matin, j’effleure la patte du chat qui s’active doucement. Toute la journée, il ronronne et envoie, inlassablement, un clin d’œil complice aux mille visiteurs. Maneki-neko – le chat porteur de bonheur. Il accueille les clients et protège les échoppes. Garant de la Fortune. Imperceptible mouvement dans l’enchevêtrement des emballages ; le cœur, battant au ralenti, d’une vie souterraine étouffée par tant de protection. Polystyrène : l’anti-choc émetteur de pentane. On l’a masqué. Pour mieux respirer/pour ne plus respirer. Filtre à air, filtre à vie. Lui s’en fiche pas mal ; la mort, il la connaît. C’est juste le malaise de notre regard et notre condescendance acide qu’il reçoit chaque jour et qui fait gémir ses ancêtres félins.

Chaque jour aussi, c’est le feu que j’allume, d’un coup de pied. Immédiatement, magiquement, merveilleusement, il jaillit. Plus besoin de m’enquiquiner à aller  chercher du bois, la fée électricité est là. Combien de temps faudra-t-il à l’artifice de ce foyer pour faire fondre cette blanche banquise plus solide que la glace ? Ours et chat n’attendront pas, eux, d’avoir pattes ou becs dans l’eau.

Martine Camillieri compte le temps. It’s time. Là-haut, l’horloge s’est arrêtée. Plus de pile, et personne n’a le courage de remonter l’aiguille. Plus que… 400 ans pour que nos tonnes de déchets disparaissent à jamais. 400 ans pour que le plastique, héros de 50 ans, soit avalé, digéré, assimilé par notre chère-bonne-planète. Alerte orange, 2011-2411 : petite œuvre mobile, légère et portative qui inscrit, comme un jeu, cette faille temporelle. C’est une installation que l’on fait, seul, au fond de son jardin, à l’aide d’objets orange. De cette couleur, juste après le jaune, juste avant le rouge, que l’on dit porteuse d’énergie. Un temple horizontal, tombé à la renverse, à vénérer du ciel et à vivre d’en haut. Les herbes tendres l’engloutissent jour après jour, vaillamment, microscopiquement, dans leur fourrure verte. Jolies complémentaires.

Martine dresse des autels, orchestre des frontispices et des portes d’église d’où coulent, en guirlande, ses monstrueuses prières. Elle assemble des objets comme elle rêve son temps. Elle croque[2] et pioche dans sa mémoire les couleurs du monde, fouillant dans l’inventaire de ses traversées – africaines, asiatiques, perchoises[3] – l’outil adéquat pour construire ses « Home ». Chromés, lustrés, perlés, rugueux et filandreux, allongés et carrés, rigides et vaporeux, d’acier et de plastique, les objets se déclinent comme la palette d’un peintre où couleurs, textures et formes sont la gamme musicale de cette artiste – éminemment – plasticienne. Les objets se répondent : par le moule de leurs formes, leurs forces chromatiques, leurs usages d’origine. Ils sont neufs, ils sont beaux. Ni cassés, ni vieillots. « Récup’art », « ready made » et « art pauvre » sont loin. Pas de mélancolie dans ses installations. Rien n’est jamais fixé. Un jeu de construction où le moindre souffle écroulerait ces temples de fortune. L’éphémère est de mise et chacune des « choses », pensée, façonné, industrialisé, retrouvera, l’exposition passée, son boîtier d’origine : blister de plus-value.  Prête à servir dans la norme de sa première destinée.

Martine Camillieri joue à la dînette, à la poupée et au pistolet à eau. Probablement est-elle restée la grande enfant de son histoire, le lieu de l’art étant le joyeux (comme moins joyeux) prétexte à gratter dans les failles de l’enfance. Probablement aussi, que cette fascinante « boîte de Pandor » qu’elle ouvre-là, nous émerveille tant qu’elle en devient le formidable outil d’une propagande de luxe d’où jaillit le dégoût. Artiste-responsable-communicante-planétaire : c’est tout ça à la fois et rien de tout cela. De message en légende, on navigue à vue dans cette mer déchaînée où tanguent les jeux de mots. Mais l’objet, absolu, les balaie, les avale. Tout-puissant vénéré par ces milles autels aux hystériques humeurs, porteur de nos plus lourds fantasmes, de nos plus cruelles frustrations, il est l’OBJET de nos désirs comme de notre écoeurement. Mais de cœur, toujours, il est question. Et l’homme l’a bien compris dans ses folles inventions, faisant de nous – faisant de lui – de jolies marionnettes piégées en son noyau. C’est d’une grande banalité[4] ce que je nomme ici, tout comme ce que je vis - dans l’effarement du vertige de l’Avoir.

L’exposition se termine bientôt. Martine viendra plier son « petit monde », rangera ses « petits riens » dans de fortes pratiques boîtes de plastique aux insignes H&M, Agnès B et autre Mac. Tout sera numéroté, inventorié, classé et compilé, prêt à regagner le ventre de l’atelier. Tout y sera rangé, « logistisé », caché et oublié… avant le prochain déballage de printemps où dragon de crépon et tigre de résine recracheront leur flamme, ravivant alors, les plus brûlantes croyances de nos mythologies.


Julie Rouge



[1] Takahama Kyoshi, Le poème court japonais d’aujourd’hui. Haiku du XXème siècle, Poésie/Gallimard, 2007

[2] De spontanés dessins sont réalisés avant chacune des installations. Notes de travail, croquis, indices, ce sont de précieux documents qui retracent la pensée d’une organisation anticipée pour chacun des autels. Des mots-clés et fragments jalonnent le esquisses,  construisent d’autonomes univers où les formes et couleurs s’articulent.

[3] Martine Camillieri habite en région parisienne, à Malakoff. Elle a un atelier dans le Perche où elle va souvent arpenter les vides-greniers, lieux-ressources de ses plus belles trouvailles, complémentaires aux voyages qu’elle fait en camping-car (atelier-mobile) à travers le monde.

[4] « Banalités » est le titre de l’exposition de Martine Camillieri présentée à la Fondation espace écureuil pour l’art contemporain (Toulouse) du 3 novembre au 31 décembre 2011.

Y’a pas que la place du Cap’

18 novembre 2011

En partenariat avec la Fondation espace écureuil, la galerie d’établissement du collège Lakanal à Foix (Ariège) accueille Marie Sirgue pour une exposition “Hors Contexte“… très sportive.

Le vernissage, c’était hier. Elèves, parents, collègues, amis, nous étions nombreux, un verre à la main, pour révéler, en creux, l’empreinte de motos-cross à la boue particulièrement raffinée: cake de mélisse à la cannelle saupoudrée de sucre-glace. Mmmmh!

Jeux de mots, jeux de jeux: Marie Sirgue s’empare des objets du quotidien, les déplaçant de leur contexte et leur soufflant, mine de rien, un vent de folie. La corbeille à papier, cramée par de jeunes pyromanes (mais chut, ça il ne faut pas le dire…), devient un superbe panier de basket, trophée sanguinolent de mille buts. Impossible de faire une “tournante” avec cette table de ping pong engloutie par les herbes qui reprennent du terrain – de vie (faute de foot). Un “hors-saison” puisque l’hiver arrive et que la neige tombe, recouvrant les habits des jeunes sportifs transits. La maman des footeux a méticuleusement plié shorts, maillots et chaussures cramponnées, prêts pour la saison prochaine. Seul reste le négatif très photographique d’un “ça a été” qui révèle, sur la vitre-frontière, le temps d’avant où le soleil brillait et séchait les habits.

Mais c’est bientôt Noël…

et j’ai commandé une carte topo de la région, pour mieux me perdre dans les hauteurs ;-)

julie

Exposition du 14 novembre au 27 janvier 2012 – avec la participation des élèves dans le cadre d’un atelier de pratique artistique mené par Marie Sirgue.



En live!

17 novembre 2011

Depuis 5 ans et pour chaque exposition, nous réalisons une interview des artistes accueillis à la Fondation. De l’atelier au vernissage, en passant par le montage des installations, ce sont toutes les étapes de travail qui sont à découvrir à travers ce reportage unique.

Martine Camillieri nous a ouvert la porte de son atelier dans le Perche. Avec Sylvie Corroler-Talairach, elle échangent sur la place des objets dans l’oeuvre et la vie de Martine.

DVD en consultation et en vente dans la salle de documentation de la Fondation.


L’âge du graphite

14 novembre 2011

Le vent me soufflait dans le dos et j’ai filé sans peine. L’oeil de kohl, protecteur, le souffle calé sur le rythme hachetté, transporté par l’effort du bras, du corps agenouillé – prière de force et de beauté. Réduire pour récolter le coeur, le dedans de la vie; au creux de l’arbre: l’infime et l’évident. Nektoub – c’était écrit. Accueillir son âme. La sienne, celle des sculptures.

Tailler le dessin de la pierre de la montagne, comme on chante une chanson. La peler. La pleurer. La cramponner pour s’y hisser le long d’une corde bleue. Gravir l’échafaudage du savoir, carreau après carreau, ligne à ligne, année après année, dans le vertige des Échelles. Se laisser glisser dans une rivière de pleurs, au-delà des limites. La marquer au fer bleu.

Jouer des ouvertures, des claustras, des fenêtres, des meurtrières. Des vas et viens et du regard qui traverse les murs. Des coups de couteau aiguisé, blessant, fragile et friable comme la vie. Le crayon du maçon pour marquer les étapes de notre évolution. Les clous qui n’en sont pas. Les encoches sur la poutre porteuse. La maison. Centrée, centrale, ancrée. S’emparer de l’outil, en mesurer les entailles et le poids, l’archaïsme de notre présence. Se frotter au graphite, en avoir plein les mains, en laisser son empreinte sur les murs de la grotte, en marquer son chemin. Naviguer entre les archipels de mémoire et les traces de fumée. Se perdre. Léviter sur les lignes de crêtes. Devenir roc, devenir souffle. Devenir signe.

L’âge du graphite. Yazid Oulab. jusqu’au 19 novembre à la Maison Salvan à Labège.

Inscrit dans Graphéine, saison du dessin contemporain organisé par le réseau PinkPong.

julie

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En famille!

11 novembre 2011

Les têtes blondes pourront retrouver leurs jouets préférés orchestrés dans les autels monumentaux de Martine Camillieri en visitant l’expo en classe ou en famille. Ce ne sont pas moins de 50 classes qui se sont inscrites faisant la joie des parents qui reviennent le week end, tirés par leurs enfants qui ne parlent plus que de ça à la maison.

Pour prolonger les plaisirs: les médiateurs de la Fondation proposent des ateliers familiaux le samedi 10 décembre et mercredi 21 décembre de 16h à 18h. Chasse aux trésors dans l’exposition et atelier de pratique pour les enfants comme les parents sont prévus. Une autre façon de découvrir l’exposition et de reconsidérer nos amis/ennemis les objets.

Gratuit sur réservation (05 62 30 23 30 – contact@caisseepargne-art-contemporain.fr)

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Du côté des scolaires

7 novembre 2011

Un quarantaine d’enseignants ont rencontré Martine Camillieri lors d’une visite-formation de l’exposition “Banalités” à la Fondation. A travers ces installations de mille et un “petits riens” – objets de tous les jours que l’on manipule sans voir – Martine leur a fait part de ses engagements plastiques et éthiques où la conscience de son prochain passe aussi par le moule à gâteau ou la bouée de sauvetage… Humour et poésie sauvant le monde d’un gouffre écologique bien profond.

Cette année, le projet pédagogique impulsé par le service éducatif de la Fondation prend appui sur deux expositions: “Banalités” de Martine Camillieri et “Bloom, une vision végétale” présentée en janvier 2012. L’objet en est le fil conducteur, le titre du projet pédagogique en porte clairement les fruits: “L’OBJET de mon désir“.

Ècoles maternelles, primaires, secondaires et supérieures se sont engagées dans cette aventure associant pas moins de 100 établissements scolaires de toute l’académie dans l’aventure. En mai 2012, ils présenteront à la Fondation leurs recherches d’une année de réflexions sur ces démarches artistiques.

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Plus que…

3 novembre 2011

It’s time!

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un vernissage… peu Banal (ités)

2 novembre 2011

La fantaisie de Martine Camillieri est sans limite!

Son inépuisable créativité s’infiltre même (et surtout) dans les amuses-gueules et nous fait revisiter les us et coutumes des codes bien classiques du-dit vernissage. Mercredi 2 novembre, elle nous a régalé le ventre comme le coeur en s’associant avec Marie Dallard de l’inclassable “Amour, gloire et banquet” – notre experte et fidèle traiteur. Les piques-assiettes étaient bien en mal!: impossible cette fois d’engloutir de manière névrotique les bouchées… Il fallait s’emparer d’une petite boite à trésor – un ballotin salé – et pincer les acras et autres saveurs exotiques à l’aide des “pattes de l’escargot-cocarde” distribué à l’entrée aux visiteurs. Toute une technique!

Et au lieu d’être jetées, ces “fourchettes festives” étaient fichées dans de grand saladier de sucre glace, narguant les aiguilles du temps qui passent mais ne digèrent pas ces prothèses de papier.

Venez les voir de plus près et picorer des bombons place du Capitole: c’est jusqu’au 31 décembre, ça s’appelle “BANALITÉS” – à point nommé, et c’est Martine Camillieri qui joue dans ce grand bac à sucre-glace.

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Mais où est-ce que je l’ai mis?!?

25 octobre 2011

Mais comment fait-elle?..

..pour s’y retrouver!

Ce sont mille milliers d’objets qui sont dépiautés, déballés, étalés, décortiqués…

puis assemblés, ajustés, coordonnés, associés, organisés les uns aux autres pour former de monumentaux autels de “petits riens“.

Une vraie partie de plaisir pour retrouver quoi est où, dans quel sac de quelle caisse de quelle boite!

Mais Martine Camillieri a un vrai ordinateur de bord en tête et connaît par (et avec) coeur sa collection d’objets et pioche dans cette palette de couleurs et de formes avec talent!

Montage d’exposition: 1 semaine et 5 pairs de bras alertes pour orchestrer tout cela!

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Martine Camillieri: bonjour!

25 octobre 2011

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